mardi 6 février 2018

Voyageur mystérieux, enfer marin et petit barbare !

Le Voyageur
Shadmi Koren
Ici-même, 2017

Un automobiliste prend en charge un autostoppeur plutôt tranquille. Au fil du temps et de la discussion le conducteur s’énerve de l’attitude du passager et la situation se dégrade de façon dramatique. C’est le premier des huit chapitres de cette BD qui retrace la vie d’un étrange voyageur. Cet homme solitaire et triste, avec pour seul bagage un grand sac de toile, ne cherche pas à s’imposer ou à convaincre. Sans dévoiler ses intentions il répond parfois aux questions de ses compagnons de route mais c’est seulement pour essayer de les aider. Cependant chacun des épisodes apporte un supplément d’informations sur la quête qui le mène à errer sur les routes au fil des années. En dire plus sur le scénario serait vous priver du plaisir de découvrir par vous-même de quoi il retourne. Un petit conseil, évitez de lire le résumé au dos de la couverture, vous n’en apprécierez que mieux l’histoire et le talent de cet auteur américain. Mais même si vous ne pouvez pas vous en empêcher, et que vous pensez être capable de tout deviner vous serez surpris par la chute de l’histoire.Cette BD est certainement une des plus belles découvertes de la fin d’année 2017 avec un dessinateur qui n’en est pourtant pas à son coup d’essai. Il vous tardera de pouvoir apprécier ses autres œuvres déjà éditées aux Editions Ici-même.

Ar-Men, l’Enfer des enfers
Emmanuel Lepage 
Futuropolis, 2017

Construit en 1867 à une dizaine de kilomètres au large de l’île de Sein, au bout de la Chaussée du même nom, Ar-Men veille et défie les éléments, miraculeusement accroché à son rocher. Surnommé par ses gardiens « l’enfer des enfers », ce phare mythique, régulièrement ébranlé par les puissants coups de boutoirs de la mer d’Iroise, est un des plus exposés et des plus difficiles d’accès. Il est aujourd’hui automatisé et guide encore et toujours, depuis 150 ans, les marins et leurs navires. Germain fait partie de ses gardiens dans les années 60. Il a choisi de vivre « au fond du monde » en venant sur Ar-Men. Avec son comparse Louis, il a laissé son existence passée à terre et emmené avec lui ses souvenirs et ses blessures. « Ici tout est à sa place » et il est à la sienne. Lorsqu’on lit Ar-Men, on a le sentiment d’y être et de devenir l’un des gardiens du phare. Cela donne envie d’aller sur place et de faire un saut dans le temps. La solitude, le froid et le parfum des embruns se font sentir. On voit la mer d’Iroise se déchaîner et tenter d’engloutir ce monument qui la défie. On aperçoit les navires qui croisent au large. On participe au chantier hors normes du phare qui a duré près de 15 ans. Dès les premières planches, nous sommes plongés dans l’ambiance. Les palettes de couleurs sont très belles. Bleu profond, vert émeraude, sépia sont autant de teintes sublimes qui rendent l’atmosphère palpable. La narration vient également appuyer le récit. Un soupçon de folklore breton en plus et cela donne un vibrant hommage à l’histoire des côtes bretonnes et un plaidoyer poignant pour la sauvegarde de ces phares qui commencent malheureusement à se détériorer depuis qu’ils sont inhabités. 

Game Over, t.16 Aïe, aïe, eye, 
Midam & Adam
Glénat, 2017

Personnages de jeux vidéo, le petit Barbare, et la Princesse évoluent dans un monde médiéval fantastique et parfois un peu science-fiction. Il s'agit d'un univers rempli de dangers en tous genres : rivière de lave, pluies acides, crevasses gigantesques où les Blorks, créatures diverses et variées, pullulent. Certains pièges mortels dissimulés rendent leurs aventures encore plus périlleuses. Heureusement des items (arc, fusil laser, ventouse,...) seront des aides précieuses pour sortir du niveau en suivant les panneaux EXIT. Hélas, cela se termine systématiquement dans une mort inattendue d'un ou des deux personnages. Pas de Texte ici, les onomatopées et les rares bulles exprimant, par un petit dessin, la pensé du personnage, permettent la lecture des albums à de très jeune enfant et en fait un livre que l'on dévore. On ne peut que féliciter les auteurs pour toutes ses trouvailles ingénieusement drôlissimes et fatales. Mais qui sont les auteurs ? Midam et Adam aux dessins et Midam et les internautes aux scénarios ! En effet sur le site officiel il est possible d'envoyer son scénario. Et même de gagner des sous si celui-ci est publié ! Avis aux amateurs !
 Par Daniel, Marie et Régis

jeudi 14 décembre 2017

Des marins, une luciole et des casseroles !


Le port des marins perdus
Dessin : Stefano Turconi
Scénario : Teresa Radice
 En début des années 1800, au large de l’actuelle Thaïlande, un navire anglais récupère un jeune naufragé qui ne se souvient de rien à part son prénom Abel. A bord de l’Explorer l’ambiance est plutôt morose depuis la trahison et la désertion de leur capitaine, mais au fil des jours Abel va faire preuve de qualités indéniables et se révéler un mousse exceptionnel adopté par tout l’équipage. Plus qu’une BD c’est un véritable roman d’aventure teinté de fantastique et rempli de poésie que vous allez découvrir. Il est servi par un dessin délicat et précis et même si sa lecture va vous prendre du temps, vous allez savourer chacune des pages en découvrant tous les différents personnages et le destin romantique de son héros principal.
 


Rendez-moi Céleste ! 
Dessin et scénario : Marc Jamin
Cosme et Céleste vivent dans l’espace. Aujourd’hui, les enfants partent explorer la planète Lumen accompagné de Spout le robot. Là-bas, une luxuriante jungle avec statues et animaux en tout genre s’offre à eux. Tout à coup, une luciole, un peu de poudre de perlimpinpin et Céleste s’envole. Cosme et Spout s’élancent à sa poursuite. Une jolie aventure commence.
Sans un mot, sans une bulle, dans cette bande dessinée jeunesse (c'est à partir de 4 ans), Marc Jamin nous emmène dans un univers coloré et créatif. Une grande liberté se dégage à la fois dans le graphisme, la colorisation et l’élaboration des personnages et décors.  C’est plaisant, ça donne envie d’y emmener petits et grands et de laisser notre imagination y vagabonder. 



A boire et à manger 
Dessin et scénario :  Guillaume Long
C'est avec Sonia Ezgulian que Guillaume Long a choisi de faire ce quatrième opus d’ À boire et à manger  pour le plus grand plaisir de nos papilles.  Qui est Sonia Ezgulian? Une ex-journaliste de rubrique gastronomique et ex-restauratrice qui se consacre ensuite à la rédaction d'ouvrages de cuisine. Inutile de de faire un vain résumé de ce nouveau tome. Des gnocchis façon Donna Muratore aux mantis arméniens de son enfance en passant par l'osso-buco et les coussinets de la Belle Aurore sans oublier l'édredon de Damien, quand on a terminé notre lecture, on faim... très faim même. L'auteur reste fidèle à l'esprit des épisodes précédents: même esprit, même humour ( on y retrouve à nouveau Monsieur Gallimard himself), même amour des bons produits et de la "bonne bouffe".  On peut cependant lui reprocher d'un peu trop laisser le boulot à Madame Ezgulian et de manquer de nouveauté ce qui peut donner un peu de platitude à la lecture. Il n'empêche que c'est une BD à rajouter à sa collection quand on est un gourmand fin gourmet. Un petit plus avec le carnet de recettes et les bonnes adresses de Sonia à la fin... A vos fourneaux!

 

Par Daniel, Katel et Christophe

mardi 20 juin 2017

STRANGE FRUIT, J.G Jones, Mark Waid




1927. Le Mississipi est sorti de son lit et l’énorme crue menace de détruire la petite ville de Chatterlee et ses environs. Les habitants se mobilisent pour protéger leurs biens grâce à des digues. Cependant, l’une d’elles menace de céder. Tous les ouvriers noirs, malgré l’abolition de l’esclavage, sont contraints et forcés de travailler à sa consolidation, mais l’un d’eux s’enfuit. Une chasse à l’homme s’en suit quand soudain, une lueur traverse le ciel et un étrange vaisseau vient s’écraser contre la digue. Un immense colosse sort de l’engin. Sa force est surhumaine. Il est noir. Un super-héros noir dans l’Amérique ségrégationniste des années 20.

Tout comme dans la chanson de Billie Holiday à laquelle le titre fait allusion, Strange Fruit nous fait passer un message. L’histoire dénonce le Ku Klux Klan, la ségrégation, le racisme et l’inculture. L’histoire peut manquer d’empathie car on peine à s’attacher à ce héro sans voix et dénué d’émotion, dont on ignorera totalement ses aventures avant sa soudaine apparition à Chatterlee. Cependant, si le récit manque de chaleur, l’histoire n’en est pas moins captivante d’un bout à l’autre de l’album et paraît presque trop courte. Le message qu’elle tente de faire passer est plus que jamais actuel. Le tout est mis en valeur par un dessin magnifique, fluide et élégant, tout en aquarelle. Une claque graphique.

Marie